Ciels, visage

Tout rencontre commence par le langage, toute naissance réclame un corps. Au seuil de la naissance de l’enfant, l’attente s’inaugure par une adresse. Le livre dessine, en quatre mouvements, l’aventure d’une telle rencontre, aventure de pensée, autant que de corps, du lieu au lien. 

Récit fragmentaire, troué, le poème dit l’attente et la bienvenue, l’écoute, la mobilité des cellules, et ce que l’invention d’une adresse modifie du langage, du monde. Énigmes, chuchotements, silences, ce sont mots à dire et à taire. Le nid, cousu de l’air qui traverse, car tout ne sera pas dit.

Le visage s’invente au fil du livre, comme l’image floue d’abord, plongée dans le liquide qui en révélera les contours, monte du fond de l’eau et échappe peu à peu à l’opacité qui l’entoure. 

Ce qu’une telle rencontre réclame de séparation, pour advenir, peut-être les ellipses au cœur du poème en portent-elles la trace.

La venue de l’autre n’élude d’ailleurs pas la possibilité d’une disparition (« articuler : durée et disparition » lit-on dans la quatrième partie). Les derniers textes du livre évoquent d’autres rivages (d’autres sommeils) et la hantise d’enfants péris dans les flots. Si la joie paraît l’emporter, c’est donc par éclats, dans une sorte de suspension dont la menace n’est jamais absente.

 


 

formellement

naît par la tête

 

dans la vision

couché au fond d’une barque

entre les joncs, les lianes

 

tel que paisible :

mobile, diffracté

 

(écoute)

 

– clapotis fendus aux rochers – déchirés

soudain net par

 

coeur